
Depuis son arrivée à la tête des États-Unis, Donald Trump a très largement rompu avec les axes traditionnels de la politique américaine. Le président bouscule les alliances historiques et les codes. En quelques mois, on ne compte plus les prises de position détonantes et les revirements diplomatiques. Désormais, Washington menace d’abord et discute ensuite, sous pression. Mais cette méthode musclée a ses limites, tant auprès des adversaires que des alliés.
Quand le « oui mais » ne suffit plus, certains pays ont commencé à dire « non », plus ou moins poliment ou fermement, parfois de manière détournée. Les cas de refus timides, d’opposition nette ou même de répliques se multiplient au gré des déclarations et des mesures du président américain, sur différents dossiers et un peu partout dans le monde. Dernier sujet en date, et non des moindres, la guerre commerciale déclarée à tous les partenaires de l’Amérique.
L’Europe tentée par la riposte
Au lendemain du choc, les réactions oscillent entre appels au dialogue et menaces de bras de fer, personne n’ayant pour le moment annoncé de riposte claire. L’UE assure qu’il n’est « pas trop tard » pour négocier, mais aussi qu’elle est « prête à réagir ». Avant même cette vaste offensive américaine lancée ce 2 avril, les Européens avaient promis une première série de contre-mesures et disaient préparer un « plan solide » pour la suite.
La riposte doit se faire en deux temps, un volet doit entrer en vigueur dès la mi-avril et l’autre est en cours de négociations entre les pays membres. L’Union européenne envisage notamment de s’attaquer aux services numériques, comme lesGafam. Si la nature des représailles est encore incertaine, la posture défensive et le ton ferme du Vieux Continent révèlent une volonté de ne pas se laisser faire. Le dialogue reste la piste privilégiée, mais la perspective du bras de fer est dans tous les esprits.
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Si certains pays ont appelé à la retenue pour éviter l’escalade, d’autres ont vertement critiqué la politique américaine. Le gouvernement japonais a estimé que l’allié américain pourrait avoir enfreint les règles de l’OMC et leur accord bilatéral. L’Australie a dénoncé un « geste qui n’est pas celui d’un ami ». Pour Canberra, ces droits sont « totalement injustifiés » et vont « modifier la relation » de l’Australie avec les États-Unis, a déclaré le Premier ministre Anthony Albanese.
Le Canada ne veut pas être « le 51e État »
Une relation qui est déjà résolument en train de changer avec l’allié canadien, depuis quelques mois. Après les tensions avec Justin Trudeau, les relations avec le nouveau Premier ministre ne sont pas plus paisibles. Mark Carney a dû suspendre sa campagne électorale pour répliquer aux menaces tarifaires américaines. « Il y aura une réponse canadienne », a-t-il assuré. Il avait déjà estimé récemment que le temps de la coopération étroite avec son voisin était « fini » car le pays n’est plus un « partenaire fiable ».
Directement concerné par cette frénésie douanière, le Canada est entré en résistance malgré sa proximité avec les États-Unis. Ottawa a déjà répliqué aux premières taxes, avec des contre-tarifs de 25% sur un total de 60 milliards $ de produits américains. Comme le Premier ministre de l’Ontario Doug Ford qui s’est engagé dans un bras de fer électrique avec l’administration Trump début mars, Mark Carney surfe sur un certain ressentiment populaire.
Le mouvement patriotique « Elbows up » (jouer des coudes) prend de l’ampleur et pousse les Canadiens à manifester leur colère contre Washington, sur les réseaux et dans la rue. La surenchère de taxes crispe la population, mais pas seulement : les menaces d’annexion de Donald Trump, qui ferait bien du Canada le 51e État américain, ont provoqué un électrochoc. En réponse, les consommateurs boudent les produits en provenance des États-Unis, huent l’hymne national lors des matchs de hockey et renoncent à voyager de l’autre côté de la frontière.
Le Groenland n’est « pas à vendre »
Mais les ambitions expansionnistes, réelles ou rhétoriques, de Donald Trump ne hérissent pas que les Canadiens. Alors que le dirigeant américain se dit sûr d’« obtenir » le Groenland « à 100% », le Premier ministre de ce territoire autonome danois a fermement repoussé cette idée. À Copenhague, le chef de la diplomatie danoise a, quant à lui, critiqué le « ton employé » par les Américains après une virulente attaque du vice-président JD Vance sur la supposée inaction du Danemark dans cette île arctique.
La Première ministre danoise a d’ailleurs entamé mercredi une visite de plusieurs jours, où elle doit discuter du « renforcement de l’unité » du royaume avec le territoire autonome. Mette Frederiksen avait déjà rappelé par le passé que « le Groenland n’est pas à vendre ». Si les principaux partis groenlandais sont favorables à l’indépendance du territoire à plus ou moins long terme, aucun ne soutient un rattachement aux États-Unis. La population, majoritairement inuite, rejette également toute perspective de devenir américaine, d’après un sondage publié fin janvier.
Méfiance sur les dossiers géopolitiques
Sur les affaires de politique internationale aussi, le président américain n’impose pas ses vues aussi facilement qu’il le voudrait. La proposition de Donald Trump de faire de Gaza « la Riviera, la Côte d’Azur du Moyen-Orient » après avoir évacué ses habitants, a provoqué une levée de boucliers immédiate. À commencer par l’Égypte et la Jordanie, pourtant des alliés des États-Unis, qui s’y sont fermement opposés. La Ligue arabe a rapidement pris les devants pour contrer le projet américain, en adoptant un plan de reconstruction porté par Le Caire. Une initiative largement soutenue par les Européens.
Dans le dossier ukrainien, Donald Trump fait face à une certaine résistance des acteurs à laquelle il ne s’attendait visiblement pas. Avant même sa prise de fonction, il jurait de mettre fin au conflit en 24h, avec des négociations « faciles ». Mais Volodymyr Zelensky s’est montré moins flexible que prévu, et après une altercation notable à la Maison Blanche, a maintenu son refus de toute trêve sans « sérieuses » garanties de sécurité. Depuis, Kiev et Washington sont parvenus à un accord durement négocié, mais le « oui sous conditions » du Kremlin enlise les pourparlers. Une façon diplomatique de dire « non merci » qui n’a pas manqué d’« énerver » Donald Trump.
Le président n’est pas au bout de ses peines, car d’un côté comme de l’autre, l’Ukraine et la Russie ne semblent pas prêtes à plier aisément sous la pression américaine. L’Europe, mise à l’écart, cherche sa voie dans cet échiquier renversé. Avec leur « coalition de volontaires » aux contours flous, Paris et Londres tentent des alternatives sans Washington. S’il est encore difficile de dire ce qu’il en ressortira, la participation de pays comme le Canada et l’Australie démontrent le désir des Européens d’en faire une initiative internationale. Et de combler le vide laissé par les États-Unis.
Le boycott des consommateurs scandinaves
Les dirigeants ne sont pas les seuls à manifester parfois leur désaccord avec la politique de l’administration Trump. Dans de nombreux pays pourtant alliés avec les États-Unis, des citoyens et des entreprises décident d’exprimer leur désapprobation. Et cela passe notamment par le boycott des produits américains, une tendance particulièrement présente en Scandinavie.
Le grand groupe d’épicerie danois, Salling, a annoncé qu’il étiquetterait les produits européens pour les mettre en avant, au détriment des produits fabriqués aux États-Unis. Haltbakk Bunkers, la plus grande entreprise norvégienne de ravitaillement en carburant, a annoncé qu’elle ne fournirait plus les navires de la marine américaine. En Suède, un groupe de plus de 70 000 utilisateurs de Facebook appelle au boycott des entreprises américaines.
Mais le plus marquant jusqu’à présent a été le rejet par les acheteurs européens des Tesla produites par Elon Musk, allié important du président américain. Une chute des ventes du fabricant de voitures électriques attribuée à l’activisme et des prises de positions toujours clivantes de son patron, fervent promoteur des partis d’extrême-droite en Europe.
« Personne n’aurait pensé que les entreprises ou les consommateurs occidentaux utiliseraient de tels outils contre l’Amérique », écrivait début mars Elisabeth Braw, chercheuse au Conseil de l’Atlantique, pour le Centre d’analyse des politiques européennes. Une tendance qui pourrait se renforcer avec la guerre commerciale qui débute et risque de toucher durement les consommateurs en question.