
Le président américain a signé mercredi 2 avril un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis et de 20 % pour les produits arrivant de l’UE.
« Une chose est sûre, avec les décisions de cette nuit, l’économie américaine et les Américains, qu’il s’agisse des entreprises ou des citoyens, sortiront plus faibles qu’hier, et plus pauvres », a également déclaré le président Emmanuel Macron, appelant les Européens à « rester unis » dans ces circonstances. Pour lui, « tous les instruments sont sur la table », pour répondre, y compris la suspension des investissements aux États-Unis.
Le président français a évoqué une « riposte européenne » en « deux étapes ». « La première riposte aura lieu mi-avril, elle porte sur les taxes déjà décidées, en particulier sur acier et aluminium ». « La deuxième réponse, plus massive, celle aux tarifs annoncés hier (mercredi 2 avril), se fera à la fin du mois, après une étude précise, secteur par secteur ».
Réunion à l’Élysée
Pendant deux heures, le président français a reçu à l’Élysée le Premier ministre François Bayrou, des membres du gouvernement, du patronat et des filières les plus exposées – aéronautique, agriculture, viticulture, chimie, électronique, métallurgie, santé, cosmétiques. L’automobile, qui sera touchée par une taxe spécifique de 25%, n’était pas représentée.
Emmanuel Macron n’a pas rosi le tableau : la décision américaine aura « un impact massif », a-t-il dit, rappelant que les exportations vers les États-Unis représentent « 1,5% du PIB » français, 3% du PIB italien, 4% du PIB allemand et 10% du PIB irlandais.
La plus grande crainte du président de la République semble être celle d’une fracture au sein de l’UE. Il faut « jouer européen », a-t-il dit, sans « échappée solitaire ». « Je sais ce qu’il va se passer, les plus gros auront tendance à jouer solo. Et ce n’est pas une bonne idée. » « Mais si les Européens jouent groupés (…), avec une vraie solidarité », ils parviendront à « ce qui doit être notre objectif : le démantèlement des tarifs », a-t-il lancé.
Un exécutif qui veut se montrer combatif
L’exécutif français, semble-t-il, veut montrer qu’il n’est pas pris au dépourvu. « Nous sommes prêts à cette guerre », soulignait déjà ce matin au micro de RTL, la porte-parole du gouvernement, Sophie Prima. « Une discussion est en cours avec les pays de l’UE pour arrêter la liste des produits américains visés », a-t-elle ajouté.
« Il faut se serrer les coudes, entre pays qui partagent les mêmes valeurs », analyse le député des Français établis en Amérique du Nord Roland Lescure, invité ce matin sur RFI. « Posons très vite des gestes politiques qui montrent qu’on est capable de se rassembler avec les démocraties libérales occidentales, ceux avec lesquels on a intérêt à montrer aux États-Unis qu’on est aussi forts qu’eux parce qu’on est aussi forts qu’eux », a-t-il martelé.
Une « négociation ferme » prônée par le Medef
L’inquiétude des milieux économiques était générale au lendemain des annonces de Donald Trump. Avant la réunion, dans une déclaration transmise à l’AFP, le président du Medef Patrick Martin avait, lui aussi, évoqué des mesures « d’une extrême gravité pour l’économie européenne et probablement pour l’économie américaine elle-même. » Il avait prôné à la fois « une négociation ferme avec les États-Unis, mais aussi à la mise en place de mesures de soutien aux secteurs impactés. »
Sur LCI un peu plus tard, le président du Medef Patrick Martin a relevé que la part de 1,5% de PIB citée par Emmanuel Macron représentait « des centaines de milliers d’emplois menacés » en France.
Mais il a noté « une grande convergence sur l’analyse de la situation entre toutes les branches, d’un pays à l’autre, d’un patronat à l’autre ». « Mon pronostic est que les Américains n’arriveront pas à fracturer ce front », a-t-il estimé, et finiront comme « l’arroseur arrosé ».